jeudi 1 septembre 2016

Chroniques de la Varenne : le Gomphocère roux

    La sortie Orthoptères du CEPS étant pour bientôt, je décide d’aller faire un repérage sur les sites que j’ai pressenti. Le niveau et la durée de la crue de Loire au printemps m’inquiètent. La boire est restée immergée un long moment, ce qui doit nuire à l’éclosion des œufs d’orthoptères déposés l’année précédente. Effectivement, je ne rencontre même pas d’Oedipode turquoise, une espèce qui fréquente les milieux sableux ou dénudés. Par contre, les Aïlopes émeraudines sont présentes mais en petite quantité.
Aïlope émeraudine (Ailopus thalassinus)
    Je me dirige ensuite vers le deuxième point entre boire et coteaux dans un pré clairière. Le long du chemin, des criquets communs sautent à mes pieds, leurs stridulations me sont familières.
Criquet des pâtures
Criquet des Bromes
    Le pré a été fauché mais non pâturé, les sureaux yèbles l’envahissent. Le long des fougères, un criquet assez roux attire mon attention, trois photos avant qu’il ne se sauve. Bingo ! C’est une espèce que je n’ai jamais rencontrée dans les Pays de la Loire. L’extrémité des antennes  est aplatie, élargie et marquée de blanc, c’est un mâle de Gomphocère roux (Gomphocerippus rufus).
   Sur le chemin du retour, à environ 150m, je vois un autre criquet de cette espèce. Cette fois, c’est une femelle, trois photos. 

    De retour à la maison, je consulte aussitôt mes guides, pas de doute sur l’identification. J’ouvre la base de données Faune-Anjou pour consulter la carte de la répartition de ce Gomphocère. Il est bien présent en nord-Loire et sur l’est du département mais absent à l’ouest du sud-Loire. Maintenant il va falloir trouver d’autres individus, nous verrons cela le samedi 10 septembre lors de la sortie Orthoptères qui aura lieu sur ce site.


Jean-Luc Fabre

samedi 27 août 2016

Chroniques de la Bréhardière : la sécheresse.




    11 Août, retour de vacances. Le jardin est toujours aussi sec, d’après le voisin il est tombé 3mm pendant notre absence. Les oiseaux souffrent aussi, les merles ont bien du mal à trouver de la nourriture et s’attaquent aux tomates à peine mûres, je vais devoir les cueillir et les laisser rougir à l’abri. 
    Mes copains les blaireaux viennent visiter les framboisiers et cassent les tiges pour atteindre les baies, nous n’allons plus être copains ! En plus cette nuit ils sont venus dévorer les poires encore vertes qui étaient à leur hauteur en cassant des branches. Je passe plus d’une heure à fabriquer une enceinte autour du fruitier pour le protéger. Enfin, heureusement que je ne vis pas de la production de mon jardin. 
    Cette nuit, j’ai fait un petit affût depuis la fenêtre de la cuisine mais les blaireaux ne se sont pas montrés. 

Photos prises en infrarouge en 2015. Le blaireau vient manger les fraises en faisant des trous dans le filet

Jean-Luc Tesson

vendredi 26 août 2016

Chroniques de la Bréhardière : l’Ephippigère carénée

   Les Ephippigères sont de grosses sauterelles aux ailes peu développées. Leur pronotum en forme de selle est caractéristique (le pronotum est le plaque dorsale du premier segment thoracique). En Loire-atlantique  et en Maine et Loire, deux éphippigères se rencontrent : celle des vignes et la carénée (respectivement Ephippiger diurnus et Uromenus rugosicollis). Les deux espèces peuvent se rencontrer dans les mêmes milieux.

Ephippigère carénée sur une grève de Loire enfrichée
Ephippigère carénée dans mon jardin
    L’Ephippigère carénée est présente sur l’ouest d’une ligne partant de la Loire–Atlantique aux Bouches du Rhône. En Loire-Atlantique elle est surtout notée en sud-Loire. On la trouve aussi bien dans des milieux humides que secs.
Individu dans une roselière de grève de Loire
    Elle est facilement détectable par son chant souvent émis la nuit (observation personnelle dans mon jardin), ce chant puissant, audible à plusieurs dizaines de mètres pour de jeunes oreilles, est produit par le frottement des ailes entre elles, malgré leur taille réduite. C’est un tsssiiiiiiip plus ou moins traînant suivant la température ambiante. Cette espèce est adulte fin juillet début août et peut parfois striduler jusqu’aux premiers jours de novembre, s’il ne gèle pas la nuit. 
devant la maison


Sur les massettes de la mare du jardin

    En générale sa couleur est verte mais des on trouve des individus bruns.
Devant la maison

    Malgré sa grosse taille, elle n’est pas facile à voir, le chanteur se taisant à l’approche de l’intrus. Elle vit dans la strate arbustive ou végétale haute et dense. 


Dans le jardin la nuit

Jean-Luc Fabre


mardi 26 juillet 2016

Chroniques du marais de Goulaine : sortie photos du 24 juin 2016

    Séance photo seul à l’affût n°2, j’ai besoin de décompresser. Le niveau est encore haut, la Loire toujours en crue ne permet pas la vidange du marais. Tant mieux, je n’aurai pas de problème pour naviguer au moteur électrique. Près du grand canal, les jeunes milans noirs ont bien grandi, ils ont maintenant la taille des adultes mais restent encore au nid. Pas de photo car ils sont mal positionnés sur l'aire.
    Arrivé vers l’affût, je peux glisser et dissimuler la barque dans la végétation. Les waders sont toujours nécessaires pour atteindre notre cache. Au premier coup d’œil à travers une meurtrière, je m’aperçois que de nombreux nids sont désertés. Les juvéniles doivent stationner et se promener dans les saules. Un nid accueille encore 2 poussins de Hérons cendrés bien emplumés mais un peu lointain pour de bonnes photos.
   Il y a quand même de l’agitation chez les garde-boeufs, les arrivées des adultes permettent de figer quelques atterrissages élégants.

   Il n’est pas évident de faire des photos dans les mêlées furieuses des nourrissages. Les grecs pensaient que les pélicans nourrissaient leurs jeunes de leurs entrailles; en regardant les garde-bœufs, je ne suis pas loin de croire la même chose. Aussitôt leur devoir parental accompli, les adultes fuient carrément.


        Un adulte posé à l'écart me permet de réaliser quelques clichés un peu moins agités.
        Chez les Aigrettes garzettes les nourrissages sont aussi épiques.
        Un couple excité de cendrés prend la pose quelques minutes.

  Confrontation interspécifique chez des juvéniles de garzette et de garde-boeuf qui se termine sans bataille.



                                 
     Je pense au nombre d’écrevisses américaines qui sont dévorées chaque jour par toute la héronnière. Pourtant, leur population ne paraît pas diminuer. Par la porte, j’en aperçois qui se maintiennent sur les troncs immergés des saules autour de l’affût.
  Dernier portrait de Héron cendré et c’est déjà le moment du départ. Entre le rangement, le trajet retour au port, tout remettre dans le véhicule, il me faut une heure avant de tourner la clé de contact.
Jean-Luc Nikonus

Toutes les photos sont prises lors de cette séance. La plupart sont recadrées.



samedi 16 juillet 2016

Chroniques de la Bréhardière : bains de soleil

     Pour maintenir l’humidité au pied de mes arbres fruitiers, je dépose de la l’herbe tondue. Le 28 juin, j’ai la surprise de voir un jeune rouge-gorge se coucher sur la tonte, étendre ses ailes et sa queue,  et  prendre un bain de soleil de quelques dizaines de secondes. Je cours chercher le premier appareil qui me tombe sous la main et j’attends. Il recommence assez vite, toujours pendant quelques dizaines de secondes.


    J’ai déjà vu des moineaux domestiques et un merle noir le faire sur de la terre nue mais c’est la première fois que je le constate au pied de mes arbres. Quelques instants plus tard au pied d’un autre arbre, c’est le tour d’un pouillot véloce de s’exposer aux rayons de notre astre solaire. Lui aussi recommencera plusieurs fois.

    La semaine d’après, je reçois l’Oiseau Magazine et dans le courrier des lecteurs, un abonné envoie une photo de jeune mésange charbonnière prenant un bain de soleil. L’Oiseau Mag explique que les jeunes oiseaux font sécher leur plumage après un bain. Pour ma part, mes deux oiseaux étaient secs au moment de leur observation. Depuis, je n’ai pas revu cette scène.
On pense qu’en exposant ainsi leurs plumes au soleil, les oiseaux pourront se débarrasser plus facilement de parasites qui auront été dérangés par la chaleur du rayonnement.

Jean-Luc Le Bronzé

mercredi 13 juillet 2016

Chroniques du marais de Goulaine : escalade arboricole

Les Spatules blanches nichent au marais de Goulaine, quelques couples seulement, mais comment suivre leur nidification sans pénétrer dans le marais et sans mettre en danger ces oiseaux ainsi que tous les ardéidés. Depuis un de nos affûts, nous pouvons suivre un couple qui a déjà ses jeunes. Un autre couple est visible quand les adultes sont debout  mais depuis un autre point. D’autres se reproduisent au vu des allers-retours observés mais combien? Il faudrait construire une véritable tour pour dominer le marais. Cette construction serait technique, coûteuse et serait une véritable verrue dans le paysage et interdite de toute façon.
Pour voir en quittant la terre ferme en l’absence d’aile j’ai le choix entre :
- l’hélicoptère, trop cher, trop bruyant, interdit.
- la montgolfière, trop chère, interdite.
- le drone, trop cher, dangereux pour les oiseaux.
- les images satellites de la défense, impossible.

Et si je montais dans un arbre. Quel arbre ? Les peupliers sont des arbres élevés mais l’absence de branche près du sol ne facilite pas l’escalade. Ce qu’il me faut c’est un arbre assez haut, avec des branches régulièrement espacées qui me permettront de m’élever sans danger. De plus, il doit se trouver dans un endroit discret et facile d’accès. Après quelques recherches, je trouve le spécimen adéquat. Après une escalade relativement facile, je m’aperçois que pour atteindre le sommet le risque d’une chute grandi. Effectivement, je commence à dominer la héronnière mais il me faut gagner encore quelques mètres. Seulement la prochaine élévation se fera plutôt à la force des bras. Prudent, je préfère redescendre.
Revenu chez moi je ressors mon vieux matériel de spéléologie. Il me reste un baudrier, des cordes, des mousquetons. Je vais équiper le tronc de l’arbre avec des anneaux de corde autour de la naissance des branches pour pouvoir m’assurer à la montée et à la descente. Je choisis d’y aller en compagnie d'André, si je tombe il pourra prévenir ma veuve !
         Je commence à grimper mais je ne mets pas d’anneau de corde tout de suite afin de ne pas attirer l’attention d’un promeneur. Vers quatre mètres, j’installe le premier anneau autour du tronc juste au dessus de la naissance de la branche; double nœud de pêcheur, je retrouve les gestes de ma jeunesse disparue. Je m’assure en passant le mousqueton de ma longe dans l’anneau et m’élève d’un mètre pour nouer le prochain anneau. Je m’assure sur le nouvel anneau, me libère de l’anneau du dessous et ainsi de suite j’atteins le sommet de l’arbre, enfin presque car le tronc devient un peu mince. 

           Coup d’œil circulaire sur la héronnière, c’est magique de dominer le marais et de voir la répartition des colonies. Trois colonies mixtes concentrent 75% des effectifs des ardéidés, les garde-bœufs sont tous regroupés dans ces secteurs. Le reste de la héronnière est occupé par des couples de Grandes Aigrettes, d’Aigrettes garzettes, de Bihoreaux gris et de Hérons cendrés.  Comme c’est un arbre il y a des feuilles mais en me déplaçant j’ai une vision presque totale. Manque de chance, trois saules blancs masquent une colonie de spatules que je devine seulement. La spatule que je pouvais observer depuis le sol n’est pas seule, je compte trois autres couveurs, génial.
La position n’est pas trop confortable, il manque une branche pour pouvoir appuyer mes deux jambes. L’idéal serait d’avoir une plateforme amovible comme une escarpolette où je me tiendrais debout. La descente s’effectue facilement mais il manque deux anneaux pour plus de sécurité. J’améliorerai le dispositif quand je reviendrai avec mon nouveau bricolage.

Jean-Luc Leschirole



dimanche 10 juillet 2016

Chroniques de la Bréhardière: Drôle de champignon !

   Juin, la saison des fraises dans mon jardin. Comme je n’ai pas un grand potager, je préfère cultiver des fraises plutôt que des carottes.  Après avoir enlevé le filet qui les protège des merles (ils arrivent quand même à en voler à travers les mailles), je commence la cueillette et je tombe sur une drôle de structure ajourée. C’est un champignon que je n’ai jamais vu dans la nature mais j’ai le souvenir de l’avoir remarqué dans un guide de champignons. Je cours chercher  l’appareil photo et regarder dans un de mes livres le nom de cette espèce si étrange. Je le retrouve facilement, c’est un Clathre rouge (Clathrus ruber).


   Il apparaît d’abord comme un gros œuf sphérique et quand il éclot, il en sort une masse rouge qui se déplie en forme de cage d’où son nom de Clathre grillagé ou lanterne dans le sud-ouest. Ses chaires molles laissent apparaître à l’intérieur des gouttes verdâtres à l’odeur fétide qui attirent les mouches. C’est une espèce peu commune qui se rencontre dans le midi, sur les bords de l’Atlantique et jusqu’en Angleterre. Le Clathre apparaît au début de l’été jusque tard en automne.
  Au Pays Basque, elle est considérée comme un signe de mauvais augure. Au Moyen Age, il semble qu’elle ait servi dans des recettes de sorcellerie.
  Bien sûr, cet étrange champignon n’est pas comestible.


Jean-Luc du Ceps