jeudi 23 juin 2016

Chroniques du marais de Goulaine : journée photos

  Aujourd'hui, journée photos à l’affût pour André et moi. Nous avons passé de longues séances hivernales à préparer notre mirador, et le manque de temps ou la météo capricieuse ne nous ont pas permis d’assouvir notre passion pour la photographie animalière.
Nous nous engageons sur le chemin qui mène au port et une huppe se pose devant nous, puis elle disparaît dans les vignes en cherchant sa pitance. Elle vient de décoller d’un endroit où elle nichait l’année dernière. Hasard ou nouvelle nidification? La journée commence bien mais nous décidons de continuer sur notre idée première et remettons à plus tard une surveillance du secteur pour confirmer une nidification de l’oiseau favori de ma femme.
  Premier travail une fois au port : vider la barque de l’eau des récentes pluies. Pour une fois nous n’avons pas trop de  matériel à transporter, ce qui nous change des séances de bricolage sur les affûts.
  Arrivés sur le grand canal (ce n’est quand même pas Venise), je ralentis le moteur électrique et laisse filer la barque, nous approchons d’un nid de Milans noirs qui ont eu la mauvaise idée de le construire sur un saule bien en vue. La femelle est posée sur les poussins et le mâle est perché à proximité, assez confiant malgré venue. André mitraille en silence, moi je ne sors pas le mien trop gros, trop lourd, trop bruyant. Nous sommes trop proches et le mâle s’envole. Nous sommes obligés de passer à côté du nid mais celui-ci est invisible sauf pour un œil exercé, heureusement, le femelle reste sur sa couvée.
  Avant d’aller à l’affût, nous continuons jusqu’à la colonie de Grands Cormorans. Celle-ci est établie sur deux peupliers, nous comptons 21 nids dont certains sont déjà vides. Des poussins sont encore présents et des juvéniles volants sont perchés sur les branches aux alentours. Ces oiseaux sont nicheurs depuis 4 ans au marais de Goulaine. La colonie s’est développée en nombre de couples mais les peupliers qui l’abritent dépérissent et il n’est pas sûr que ces arbres puissent encore les accueillir l’année prochaine. Les fientes des oiseaux très agressives finissent par étouffer les branches et les colonies changent régulièrement de supports. Les peupliers qui les supportent, dans tous les sens du terme, étaient déjà sénescents, d’autres sont déjà morts et certains couchés par des tempêtes avant que les cormorans soient nicheurs. Tous ces grands peupliers ont disparu du marais et les oiseaux devront se rabattre sur les arbres plus petits sans doute moins accueillants, affaire à suivre.
  Arrivés à notre destination, il n’est plus possible de glisser la barque dans les roseaux pour débarquer le matériel, l’eau est maintenant redescendue dans les douves et nos waders sont inutiles, l’affût est atteignable en bottes. Nous progressons derrière un écran fait de bâches, de toiles de paillage et de bottes de roseaux qui nous dissimulent à la vue des ardéidés. Comme nous avons subi cet hiver un acte de vandalisme, l’ouverture des cadenas de l’affût est acrobatique.
  Installation du matériel photographique, j'ai fabriqué des platines pour y fixer les rotules qui supportent nos appareils photos, ce qui évite de trimbaler les trépieds photo. Installation des filets de camouflage pour masquer nos visages et nos mouvements quand nous retirerons les volets d’obstructions des meurtrières. J’ai fait coudre un manchon  sur une toile camouflée pour y glisser mon objectif afin d'être plus discret, car le diamètre de mon objectif  est important. Quand nous retirons les volets, l’odeur des fientes nous pique les narines, on comprend pourquoi les arbres crèvent !
  Le nid de Héron cendré le plus visible est sans poussin, bien  qu'un adulte soit debout dessus. Nous avons vu cet oiseau couver mais la nidification semble avoir échoué. Dommage pour le couple et pour nous car nous aurions été aux premières loges pour admirer le développement des jeunes.
  Le vacarme de cette colonie est incessant. Garde-bœufs, Aigrettes garzettes et Hérons cendrés sont installés dans cette partie de la héronnière. Hélas pas de Bihoreaux gris ni de Grandes Aigrettes à proximité de téléobjectif. Pourtant, cet affût a été construit pour observer la nidification des premiers couples de Grandes Aigrettes nichant sur le marais. Au début, les oiseaux étaient à plus de 100m, mais très vite la héronnière en expansion a rejoint les saules proches de notre observatoire. Nous avons peur qu’à terme les oiseaux s’installent dans la bouillée de saules qui nous permet de nous dissimuler sur le court trajet entre la douve et notre construction. Si cela arrivait nous serions obligés de construire une voûte pour échapper au regard des oiseaux. 
  Moins de nids sont visibles, des saules qui les supportaient sont morts et la plupart des constructions sont cachées par le feuillage. Mais beaucoup de jeunes garzettes et garde-bœufs sont maintenant assez grands pour quitter les nids et vagabonder à proximité sur le sommet des saules. La différenciation des ces juvéniles est assez difficile. Les becs des garzettes ne sont pas encore aussi longs que ceux de leurs parents et les becs des gardes-bœufs sont noirs comme ceux des garzettes, mais avec une légère pointe jaunâtre. Des nourrissages ont lieu mais, manque de chance, ils se déroulent toujours à l’abri de nos objectifs.


  Le beau soleil du début de matinée fait place a une lumière laiteuse blafarde, les photos des oiseaux qui se découpent sur le ciel ne donnent pas de bon résultat. Nous assistons encore à un accouplement de hérons cendrés, étonnant quand on sait que des jeunes nés cette année sont déjà volants.
  Une garzette continue de chercher des branchettes pour sa plateforme.
  On peut voir que les couleurs de ses lorums et de ses doigts sont différents en période nuptiale. Ils sont respectivement violacés et rougeâtres.

  Un couple lointain de Garde-bœufs s’agite et me permet de mitrailler quelques scènes  intéressantes, mais il faudra recadrer en postproduction.
  Nous voyons passer quelques Spatules blanches, mais aucunes ne s’arrêtent comme l’année dernière à portée de clichés. Un Busard des roseaux mâle crie et descend plusieurs fois dans les saules au même endroit. Nous n’avions pas repéré de couple sur ce secteur de héronnière, est-ce une nouvelle implantation? Pour André,qui avait décidé de faire de la digiscopie, pas assez lumière et trop de bruit numérique. Nous décidons de plier bagages et de finir à l’affût n°1.
  Depuis notre nouveau perchoir, la vue sur la héronnière est plus large mais les oiseaux sont plus loin ou dissimulés, sauf un bihoreau sur une branche morte. 

  Nous nous intéressons aux Spatules qui nichent mais à 390m de nous. Les poussins sont nés depuis 3 semaines environ. Ils sont vaguement visibles au moment des nourrissages, j'en fais une photo pour le souvenir qui, en la recadrant fortement, permettra de nous rendre compte de leur croissance à la prochaine venue, mais je ne compte pas gagner un premier prix avec !
  Nous guettons le survol de la héronnière par un Héron pourpré mais il ne daigne pas se montrer. Nous nous consolons à moitié avec le passage de deux Ibis falcinelles qui ne veulent pas s’arrêter.
  L’heure est arrivée de quitter à regret le marais. Une pluie  fine nous accompagne sur notre retour. La femelle milan est toujours couchée sur sa progéniture. Une huppe, proie dans le bec, passe devant nous dans le hameau, nous finirons cette journée comme nous l’avons commencée.
Jean-Luc Nikonus
Les clichés sont tous pris pendant cette sortie.

dimanche 22 mai 2016

Sortie fauvettes paludicoles et gorge-bleue du 1er mai

Dimanche 1er mai 2016, nous étions 19 à la sortie "fauvettes paludicoles et gorge-bleue à miroir". Le temps était de la partie pour le plus grand bonheur des gens présents, car quoi de plus joli qu'un bel oiseau éclairé par un magnifique soleil.
Le matin à Lavau-sur-Loire, nous avons eu la désagréable surprise de trouver la passerelle Tadashi Kawamata fermée : l'info étant restée très confidentielle, il en sera donc de même concernant le cheminement que nous avons emprunté.
La gorge-bleue (il y en a 11 sous-espèces dont celle de Nantes), s'est montrée plutôt discrète, mais chacune de ses apparitions a été un émerveillement pour les ornithologues néophytes, qui ont aussi eu le plaisir de pouvoir admirer et entendre les Phragmites et Cisticoles des joncs, Bruants des roseaux, Locustelles luscinioïdes, Rousserolles effarvattes, Bergeronnettes printanières, Tadornes de Belon...

Le midi, nous avons pique-niqué près de la crêperie ayant servie de modèle à la Maison dans la Loire, avant de nous diriger vers les prairies de Saint Etienne-de-Montluc, dans le secteur de la balise Pineau. 
Autre biotope, autres oiseaux : Bruants proyers, Tariers des prés, Courlis corlieux, Cigognes blanches, Traquets motteux, mais nous avons aussi retrouvé les bergeronnettes printanières, un peu moins spécifiques sans doute.
Nous espérons que les personnes que nous avons guidées ont bien eu conscience de la rareté des oiseaux qu'elles ont découverts, et de l'importance à préserver leurs milieux qui, malgré les bonnes intentions, disparaissent toujours un peu plus.
André

vendredi 13 mai 2016

Conférence orthoptères le 19 mai à 19h00, à NANTES

Les orthoptères ou Orthoptera (du grec orthos, droit, et ptéron, aile) sont un ordre de la classe des insectes. Ces animaux se caractérisent par des ailes droites. On estime à 22 000 le nombre d'espèces présentes sur la planète. Cet ordre est scindé en deux sous-ordres : les ensifères (grillons et sauterelles) et les caelifères (criquets). Source : Wikipedia










Si vous voulez en savoir plus sur ceux qui peuplent notre région, venez assister à la conférence sur les orthoptères présentée par Jean-Luc Naudin, salle de la Mano à NANTESle jeudi 19 mai 2016 de 19h00 à 21h30. Entrée gratuite et sans réservation.
La Mano, 3 rue Eugène Thomas à 44300 NANTES (cliquez sur le plan)

mercredi 11 mai 2016

Atlas des mammifères de Maine-et-Loire 2018

Comme déjà évoqué dans certains articles de ce blog, le Ceps-Loire-Divatte participe aux prospections dans le cadre du futur Atlas des mammifères de Maine-et-Loire 2018,
Jacques et moi-même en sommes les référents « genettes » et, à ce titre, définissons et prospectons (surtout Jacques) les endroits où ce vivéridé n'est pas connu, où dont la présence n'a pas été confirmée depuis 2008.
Toutes les données que nous récoltons (et pas seulement pour ce mammifère), sont transmises à la base de données Faune-Anjou, d'où elles sont extraites pour être exploitées par les coordinateurs du projet.
Nous n'allons pas faire un article sur chacune de nos sorties, mais elles ont permis de combler un certain nombre de carrés aux données anciennes ou inexistantes, concernant cette espèce.
Ainsi, le 25 avril dernier, nous avons décidé d'arpenter un coteau surplombant un petit cours d'eau, biotope particulièrement favorable à la genette, dans le secteur d'activités du Ceps-Loire-Divatte.
Ce sont souvent des terrains à forte déclivité et à la végétation difficilement pénétrable, avec des résultats qui peuvent être décourageants au regard de l'investissement physique. Mais heureusement, il nous arrive d'être récompensés, comme ce jour-là où nous avons, en fin de prospection, découvert un superbe crottier sur un tas de piquets.
Et c'est très motivant de savoir que ce magnifique animal qui, pour mémoire est intégralement protégé par la loi et s'attaque très rarement au gibier, vit toujours dans le coin, car il n'y avait pas été observé depuis 2007 : les deux derniers vus ont été pour l'un trouvé volontairement noyé dans une cage piège immergée dans un étang, et pour l'autre écrasé sur la route.
André

mercredi 4 mai 2016

Sortie Faucon hobereau du 30 avril au marais de Goulaine

Nous étions 19 à nous retrouver ce samedi après-midi pour une découverte du Faucon hobereau au port de Millau, aux limites des communes du Landreau et du Loroux-Bottereau.
Le marais étant déjà exondé, nous nous sommes avancés d’une centaine de mètres le long de la douve, avec une vue dégagée. Nous n’avons pas eu longtemps à attendre, pour voir plus d’une vingtaine d’individus chassant au dessus des prairies.
Ce petit rapace nous revient de migration en avril. C’est dans la moitié sud du continent africain que s’étendent ses quartiers d’hiver : Kenya, Tanzanie, bassin du Zambèze…
Cette année, le premier migrateur a été noté dans la base de données faune-loire-atlantique le 29 mars à St Etienne-de-Montluc. Le 13 avril, douze faucons au minimum ont été observés à St Mars-du-Désert et le 16 avril, cinq autres chassaient vers le port de Millau.
Cet oiseau de proie est insectivore et ornithophage. Extrêmement rapide et agile, il est capable de capturer des martinets noirs en vol.
Cet après-midi, les hobereaux se nourrissent d’insectes. Il fait froid, nous ne voyons aucune libellule et les bestioles qu’ils capturent sont si petites que nous ne les distinguons pas aux jumelles.
C’est un véritable ballet aérien, les faucons plongent, rasent la végétation et parfois passent très près de nous, ce qui permet aux observateurs les plus expérimentés de distinguer au passage le casque foncé, les moustaches et la couleur rousse de leur culotte.
D’autres rapaces évoluent au loin, Milan noir, Buse variable, Busard des roseaux. Les débutants font leurs premières armes dans la reconnaissance des silhouettes et doivent avaler de nombreux termes : rémiges primaires et secondaires, rectrices, pattern, aile cassée, glissade en V…
Nous ne pouvons passer un après-midi à Goulaine sans parler des hérons. Ceux-ci sont présents mais un peu loin, il est vrai que notre groupe est bien visible. Nous avons la chance de voir quelques instants deux Spatules blanches. Et que serait Goulaine sans son espèce invasive l’Ecrevisse américaine, prédatrice des larves de libellules mais proies préférées de tous les hardéidés.
Nous finissons la sortie par une petite leçon de chants de passereaux dans le bocage environnant, avec une préférence pour le Rossignol philomèle.
Bilbo le Hobby

mercredi 27 avril 2016

Sortie chants nocturnes du 22 avril à la Chapelle-Basse-Mer

Nous sommes 19 au rendez-vous de la Pierre Percée, ce qui est déjà un groupe important pour une prospection nocturne. J’ai eu peur d’avoir à annuler la sortie au dernier moment car vers 17h30 les nuages  ont déversé sur la commune plus de 5 mm de pluie pendant une heure. Pour le moment c’est bon. Nous commençons la sortie par un exposé rapide sur les arbres têtards ! Si la Chevêche d’Athéna que nous venons écouter ce soir est présente sur ce site, c’est bien grâce à ces frênes taillés par l’homme.
Première repasse grosse frayeur, pas de réponse. Deuxième repasse en nous déplaçant, la petite chouette nous répond depuis l’endroit que nous venons de quitter et elle n’est pas seule.  Nous ne verrons pas sa silhouette. Troisième repasse, 4 individus répondent, nous entendons trois types de chants et deux types de cris mais toujours pas de silhouettes. Quatrième repasse plusieurs individus se font entendre. André perçoit des yeux de chevêche avec son monoculaire à amplification de lumière mais les torches puissantes ne permettent pas de la découvrir dans les arbres, où les feuilles naissantes forment vite un écran au faisceau lumineux des lampes.
Il est temps de partir pour le plateau sur un chemin carrossable dans les vignes, pour écouter l’Œdicnème criard qui porte si bien son nom. Petit exposé sur ce limicole des steppes qui a trouvé un milieu de substitution dans les vignes caillouteuses. Il pleuviote, ce n’est pas bon pour la repasse. Quelques cris seront entendus mais il est déjà un peu tard et météo n’est pas favorable. La soirée avançant, nous ne nous attardons pas. Retour sur des grèves de Loire pour un autre nocturne, le Râle des genêts.
Mauvaise surprise, la Loire est haute et toutes les grèves sont inondées. Peu de chance pour que des râles se soient installés, d'ailleurs aucune réponse à la repasse. Pour nous consoler nous écoutons attentivement deux rossignols pour différencier toutes les subtilités du chant de ce virtuose. Minuit trente, fin de sortie pour les plus courageux qui seront restés jusqu’au bout avec ce bavard de Jean-Luc.
Il est toujours difficile en groupe important de faire approcher les oiseaux pour que les participants puissent les observer. Le but de la soirée n’était pas tant de voir les volatiles, mais de découvrir leurs chants, leurs biotopes et la méthode de la repasse, avec ses avantages et ses inconvénients. 
J’espère que les participants auront découvert pour certains le plaisir de se promener la nuit et qu’ils tenteront seuls ou en petit groupe «la grande aventure nocturne» à l’écoute de la nuit.
Je tenterai de refaire une sortie Râles des genêts dès que les conditions s’y prêteront. Cette sortie ne sera annoncée que sur le blog, à vous d’y faire un petit tour pour avoir la nouvelle. A bientôt peut-être.
Jean-Luc

mercredi 20 avril 2016

Visite crépusculaire au marais de Goulaine

5 avril 2016
Après avoir travaillé de nombreuses heures pendant l’automne et l’hiver sur nos deux affûts du marais de Goulaine, il était temps d’en profiter pour l’observation.
L’arrivée aux affûts ne peut se faire que par barque - la nôtre est propulsée par un moteur électrique, puis par une courte marche dans l’eau avec nos waders, le niveau montant jusqu’au ventre, voire plus dans les trous ! L’affût n°1, où nous nous rendons, est situé en bordure de la héronnière et les nids les plus proches sont à 50m. Il est implanté dans une “bouillée’’ de saules (terme que je ne connaissais pas avant d’arriver dans la région) ; cela permet d’être dissimulés au regard des oiseaux, surtout quand les feuilles auront poussé. En attendant, nous avons tendu des bâches comme écran pour être le plus discret possible.
Ce mardi soir, le ciel est dégagé avec un vent faible, et la lumière du coucher de soleil réchauffe les couleurs des saules qui se couvrent de feuilles d’un vert tendre. Aussitôt grimpés à trois mètres dans l’affût, nous pouvons constater que les ardéidés sont bien présents. Sur notre droite, les Grandes Aigrettes sont déjà installées au sommet des premiers saules. En cherchant bien, nous distinguons à travers les branches six oiseaux installés sur des nids. Une dizaine de Hérons garde-bœufs sont également perchés avec les aigrettes et deux Bihoreaux gris ne tardent pas à les rejoindre. Un coup de longue-vue, pendant que la lumière est suffisante, permet d’admirer leurs yeux rouges et les fines aigrettes de leurs têtes.
Des rires de Grèbes castagneux éclatent tout près de nous. En regardant par une fente, je finis par en découvrir un dans notre bouillée inondée au pied de notre cachette. Je le suis un moment en guettant les remous de l’eau pendant ses plongées, il ressort avec des matériaux et vient les déposer sur une plateforme que je n’avais pas remarquée. Génial, il y a un autre grèbe dessus, sans doute un couveur, il ne faut que quelques minutes avant de voir ce dernier se soulever pour nous laisser admirer un œuf assez rond, blanc et qui commence à se salir sous l’action de la décomposition des matériaux du nid. Décidément, les castagneux aiment nos constructions car il y a aussi un nid à 5m de l’affût n°2, distant de 250m de l’affût N°1. D’autres chanteurs se signalent sur la droite.
Mon ami Franck me signale une Spatule blanche qui vient de se poser au loin sur une zone où 4 nids avaient été comptés l’année dernière. Après un petit moment, elle disparaît vers un ancien nid. Nous voyons vaguement une forme blanche mais quand le feuillage sera à son maximum, nous ne pourrons plus rien distinguer. Seules les allées et venues  du couple nous renseigneront sur une reproduction.
Les Hérons cendrés sont installés sur la héronnière depuis que la chasse est fermée. La plupart des couples sont déjà en train de couver et les premiers poussins sont peut-être déjà nés. Les Garde-bœufs arrivent en permanence par dizaines et se dirigent plutôt vers l’affût n°2 sur notre gauche, la prochaine fois nous choisirons ce dernier. Quelques Aigrettes garzettes sont dispersées sur toute la zone, c’est l’espèce la moins nombreuse.
Soudain Franck signale 9 oiseaux sombres qui arrivent sur la droite, les points grossissent, bingo ! Des Ibis falcinelles ! Pendant l’hiver, 3 oiseaux ont été observés régulièrement en bordure du marais sur des prairies inondées. Ils s’approchent, passent devant nous et se posent devant l’affût n°2. J’enrage : impossible de voir le ratio adultes-immatures ! C’est notre rêve, des falcinelles nicheurs. Comme ce sont des oiseaux nomades, ils seront peut-être repartis dans quelques jours, mais pour le moment nous croisons les doigts. D’autres ibis, sacrés eux, les rejoignent. Le nombre des garde-bœufs continue d’augmenter.
Un busard des roseaux survole la héronnière, panique, puis les oiseaux se reposent, mais les falcinelles descendent dans les saules. Le nombre de garde-bœufs est impressionnant, plus de 300, voir sans doute 400 d’après Franck. Toutes les prairies du vignoble vont être écumées et les vaches bien gardées.
Devant nous, dans le fouillis de végétaux secs, deux Grèbes huppés vont et viennent, construisant un nid. Un couple de Canards souchets  se pose sur l’eau libre, mais ce n’est pas du goût d’une foulque qui les intimide plusieurs fois pour les faire déguerpir. 
La lumière décline : ce n’est pas l’heure où les lions vont boire, mais l’heure où les bihoreaux quittent la héronnière pour aller se nourrir sur le marais ou plus loin. Leurs cris de corvidés se retrouvent dans leur nom scientifique : Nycticorax, corbeau de nuit. J’habite près de la vallée de la Divatte vers la Chapelle-Basse-Mer et au printemps, j’en vois passer ou je les entends crier en vol au dessus de la maison quand la nuit est tombée. Jusqu’où vont-ils pêcher? C’est leur secret.
Il est temps de repartir. Avant de rentrer au port, nous décidons de faire un tour vers un terrier-hutte de castor. Le long du trajet nous dérangeons quelques Rats musqués et Ragondins. Une cane traverse le canal, suivie par 8 canetons de quelques jours à peine : des colverts. Nous arrêtons la barque, les petits piaillent, certains plongent pour échapper au danger que nous représentons, puis rejoignent leur mère cachée dans la végétation.
Soudain un énorme plouf éclate sur l’eau, c’est la queue d’un castor qui vient d’alerter. Quelques mètres plus loin un héron immature pêche depuis la rive, encore une alerte à côté de lui qui le surprend autant que nous. Nous repartons pour ne pas embêter notre gros rongeur plus longtemps.
Dans les vignes près du port, deux Œdicnèmes criards s’en donnent à cœur-joie ne mentant pas sur leur nom d’espèce.
Nous sommes conscients d’être des privilégiés pour profiter de ce spectacle. Que deviendrait le marais si des dizaines de barques le sillonnaient chaque jour ? Sans embarcation, il est possible d’observer au pont de l’Ouen toutes les espèces de hérons en vol ou posées sur les rives des deux plans d’eau quand les pêcheurs sont peu nombreux.
Jean-Luc Le Chanceux